lundi 27 avril 2009

Intermède...

Bonjour à tous ceux qui nous suivent!
Voilà des nouvelles fraîches: nous sommes actuellement à Québec, Canada, où nous finalisons l'achat d'un véhicule pour poursuivre notre périple.
Avant d'arriver en Amérique du Nord, nous avons parcouru le Chili, la Bolivie, et le Pérou, mais en raison des possibilités limitées de connexion internet, le blog n'a pas vraiment été tenu à jour.
Nous continuons donc avec du retard à vous relater la partie sud-américaine du voyage, en espérant que nous arriverons à vous donner un aperçu presque en "temps réel" pendant les prochains mois...

lundi 6 avril 2009

Puerto Iguazu

Trêve de leçons d'histoire, nous nous dirigeons maintenant vers une des merveilles du monde naturel, les Chutes d'Iguazu, et accessoirement la Mecque du tourisme argentin. Ayant pour ma part (Victor) déjà visité les chutes du Niagara, j'avais encore en tête le souvenir , atrocement défigurées par tout ce que le mercantilisme a pu jeter de pire de part et d'autre du site.
Les Argentins ont-ils plus de considération pour leur patrimoine naturel? Au final, l'impression est mitigée....
Puerto Iguazu est une ville de carton pâte uniquement destinée à être le point de convergence des touristes qui ne viennent dans cette partie isolée de l'Argentine que pour voir les chutes. Tant pis.


Mais heureusement, le site est plutôt bien mis en valeur. Les infrastructures, qui effrayent un peu en arrivant, sont totalement invisibles des chutes. Malgré l'heure matinale, a laquelle le car nous emmène, l'entrée du site est plein. Une fois passé l'entrée, la plupart des touristes s'arrêtent tout de suite aux boutiques de souvenir et aux snacks qui forment la première ligne de l'immense machine touristique. De ce point, plusieurs sentiers et un petit train écologique (il fonctionne au gaz naturel !) mènent aux chutes, distantes de quelques kilomètres. Nous marchons dans l'épaisse végétation, en espérant apercevoir quelques animaux exotiques, mais le sentier pavé ainsi que les deux greluches américaines qui nous précèdent en jacassant nous font vite oublier nos rêves d'explorateurs de la jungle.

Nous décidons d'aborder les chutes par le dessus: une passelle de 500 metres de long avance au-dessus du fleuve, jusqu'à une échancrure appellée "Gorge du Diable". A cet endroit, le fleuve est très calme et peu profond, mais des caïmans et les restes d'une précédente passerelle emportée par une crue nous rappellent que la nature reste sauvage.


C'est presque un choc quand, sans que l'on s'y attende, la surface du fleuve semble se déchirer sous nos pieds. Tout le long d'un arc de 3 km, le fleuve se précipite 80 mètres plus bas, dans un fracas assourdissant. Les eaux du fleuve se divisent en plusieurs cataractes qui se rejoignent plus bas dans un nuage d'écume. Nous sommes totalement dépassés par cette cathédrale aux piliers liquides, qui hurle un cantique à la gloire des forces de la nature. Ce n'est pas un hasard si les indiens Guaranis l'ont divinisé: M'Boi, le dieu-serpent, qui s'écoule paresseusement mais qui, un jour de colère à déchiré le lit du fleuve d'un coup de queue.


Le reste de la visite se fera en explorant les différentes pistes qui parcourent les environs des chutes, permettant d'avoir différents points de vue. A part des oiseaux et un serpents, nous croiserons quand même des animaux (presque) sauvages: des petites troupes de coati, qui viennent effrontément quémander auprès des touristes.


En sortant, nous croisons beaucoup d'indiens qui vendent des petites figurines en bois grossièrement sculpté, serpents, coatis, jaguar, oiseaux... Ces hommes, ces femmes avec leurs bébés sur leurs genoux, n'ont pour seule subsistance que le produit de cet artisanat naïf, vendant des images de leurs divinités, pendant que les descendants de ceux qui les ont dépossédés de leurs terres font de même, mais à une toute autre échelle.

dimanche 5 avril 2009

San Ignacio et les Missions Jésuites

Le lendemain matin, nous partons pour San Ignacio, petit village qui serait ignoré de tous sans la présence d'une des ruine les plus singulières du continent: la mieux conservée des anciennes missions jésuites. Ce tas de pierres arraché à la jungle se trouve en plein milieu du village, et est la cause d'un incessant va et vient touristique, et une manne inespérée pour les habitants. La plupart des touristes débarquent en car "double-deck" grand luxe, sont jetés hors de leur cocon réfrigéré pour être amené en troupeau devant l'entrée du site où un guide leur baragouinera en spanglish tout ce qu'il faut pour épater tata ginette au retour. Quand la température desdits touristes semble monter dangereusement, on les remet prestement dans leur frigo, et hop, direction Iguazu ou Buenos Aires.

San Ignacio, son traffic, son animation, sa joie de vivre

Afin de ne pas déroger à notre condition de "touriste oui mais on va essayer que ça se voit pas trop", on décide de faire fonctionner l'économie locale en prenant une chambre dans une pension du village. Raté pour la couleur locale, le lieu est tenue par une vieille allemande immigrée ici avec sa fille. Par contre, bonne pioche pour le logement, c'est pour le moment la chambre la moins chère et la plus agréable du séjour.
Pour ceux qui se demandent quel peut bien être l'intérêt de visiter une mission en ruine (à part d'avoir un tampon sur la carte fidelité "Patrimoine Mondiale de l'Humanité" fournie par l'UNESCO), je crois qu'un petit point d'histoire s'impose. Ceux qui ont vu le film "Mission" avec De Niro peuvent en profiter pour aller aux toilettes ou se préparer un sandwich.

Début du XVI siècle: l'Empire Espagnol soumet les Indiens au régime de l'Encomienda. Les terres sont attribuées à des riches propriétaires, qui ont la tâche d'évangéliser, souvent par la force, les barbares païens qui ont vécu de la-dite terre depuis des millénaires. Pour les remercier, les abominables sauvages sont tenus de se mettre à son service, et triment dans les mines et dans les champs 12 heures par jour sept jour sur sept.
1580: Malgré la générosité du deal, les révoltes indiennes se font plus fortes et atteignent leur paroxysme. Le Paraguay est ingouvernable, et en 1609 ce service est aboli, mais pas l'impôt royal. Pour sortir de ce bourbier, on fait appel aux Jésuites, présents depuis 1549 dans la région.

Le nouveau système est le suivant: les Jésuites sont autorisés à fonder un État aux confins des fleuves Paraguay et Parana. Ils payent directement l'impôt à la couronne royale, et les Indiens, qu'ils évangélisent pacifiquement sont sous leur autorité. Un système social des plus original va pouvoir voir le jour en plein cœur de la jungle. Les différentes charges sont confiées à des Indiens élus, mais le plus haut placé est nommé par les Jésuites, qui ratifient et ont le dernier mot lors des votes. Les Indiens vivent à l'écart des Jésuites, dans des bâtiments communs disposés selon un plan en damier. La production est équitablement répartis entre tous. Un système basé sur l'autogestion et le partage préside aux échanges entre les membres de la communauté.
L'emploi du temps se base sur la liturgie et plusieurs prières par jour, la journée de travail est de 6h, la peine de mort abolie. Les services publics sont libres et gratuits, le taux d'alphabétisation est de 100%, il y a même un système de formation professionnel. Les Indiens Guaranis développent des dons dans les domaines artistiques: musique, sculpture, danse et chants religieux. Les cultures florissantes et l'élaboration d'artefacts complexes comme des montres et des instruments de musiques permet aux missions de dégager d'énormes bénéfices.

Les restes de la façade de l'Église

Mais au milieu du XVIIIème siècle, suite à des intrigues politiques entre Espagnols et Portugais, les Jésuites doivent abandonner les missions. Les Indiens refusent, mais sont rapidement massacrés et les survivants s'enfuient dans la forêt où ils sont les proies faciles des marchands d'esclaves. A partir de là, le nombre des Indiens Guaranis ne cessera de décroître, leur patrimoine culturel, déjà mis à mal par leur évangélisation, est réduit à néant. Le Guarani est la seule langue indienne officielle d'un état sud-américain (le Paraguay), triste lot de consolation pour ce peuple tellement de fois nié et bafoué.



Les ruines sont saisissantes, patiemment et partiellement sorties de leur prison végétale. Il y a beaucoup d'émotion à voir ces murs écroulés, ces piliers enserrés dans des racines noueuses, cet immense portail présidant aux destinés de ces indiens, arrachés à la jungle, a qui l'on aura appris à fabriquer des statues de saints, des armes et des violons, à chanter les louanges d'un dieu inconnu, pour finalement les massacrer et les vendre comme esclaves. Aussi un peu d'amusement à voir que derrière les beaux discours, les Pères Jésuites se réservait des salles beaucoup plus spacieuses que les chambrettes des Indiens, et une jolie vue sur la forêt et les montagnes pendant que toutes les fenêtres des logements donnaient sur la façade de l'Église.

A la découverte du Paraguay

Nous voilà en route pour notre deuxième grand trajet, après celui qui nous a mené à Tucuman. Nous descendons droit vers Corrientes, où nous arrivons au petit matin, puis nous prenons le premier bus pour Posadas, notre étape du jour.
La ville n'a rien de spécial: grosse bourgade fatiguée, perdue au milieu de la jungle et qui essaye de se payer une nouvelle jeunesse. De la jungle, on reconnait surtout l'atmosphère moite et pesante. En quelques minutes, nous sommes trempés des pieds à la tête, errant sous le soleil de plomb de cette ville sans âme assoupie en ce début d'après-midi d'un été tropical qui n'en finit pas.

Que sont-ils allés faire dans cette galère, vous demandez-vous? La raison pour laquelle nous voulions faire étape ici ne se situe pas dans la ville en elle-même, mais de l'autre coté du Rio Parana, qui écoule ses eaux boueuses juste en bas des dernières rues de la cité. En face de ces ultimes faubourgs (qui a dit "l'autre rive?"), le Paraguay!


Pour arriver là-bas, le parcours à de quoi effrayer le Schengeien moyen. Il faut en effet prendre un bus estampillé "International", qui va nous emmener au poste frontière argentin, où nous nous faisons délivrer un certificat de sortie sous la forme d'un coup de tampon baveux sur notre passeport. Il faut ensuite courir pour sauter dans le bus (ou en attendre un autre). Le bus chargé de ses passagers plus de quelques retardataires du précédent s'ébranle et franchit l'immense pont jusqu'au poste frontière Paraguayen, où le même cinéma reprend: faire la queue, un coup de tampon, jouer des coudes pour reprendre le même bus.

Les faubourg d'Encarnation, la ville frontière sont un immense marché à ciel ouvert, où l'on trouve de tout et surtout n'importe quoi: playstation suny, baskets nyke, et tant d'autres produits d'artisanat typique chinois. De fait, les Argentins viennent en masse pour dépenser les pesos durement gagnés en saloperies plastiques à bas pris. Effet direct: le petit bout de Paraguay que nous verrons n'aura rien du chaos décrit dans les avertissement du ministères des affaires étrangères à l'attention des pauvres fous envisageant de poser ne serait-ce que le gros orteil sur ce sol maudit. Dans notre Paraguay à nous, les gens roulent en gros 4x4 de luxe,
vivent dans des maisonnettes fleuries le long de l'allée Stroessner, et vous disent bonjour quand vous passez devant. La Suisse avec des perroquets dans les jardins et des empanadas pour le repas.
Tant pis, la découverte du "vrai" Paraguay attendra un prochain voyage!