Le début de cette boucle se fait sur une route nationale plutôt en bon état, et sans grand intérêt. Mais dès que l'on quitte cette route en direction de Cachi, tout change brusquement. On prend vite de l'altitude, et la plaine verdoyante cède place à des paysages incroyablement variés; la route devient une piste, et on traverse des petits rios secondaires peu profonds qui se jettent au fond de la vallée. La végétation se raréfie, les arbres deviennent des arbustes puis des buissons, et bientôt on roule entre de grandes collines recouvertes de pelouses. Seules quelques égratignures laissant apparaitre une roche rouge se détachent de ce fond vert uniforme. Au fond de la vallée, une présence humaine discrète mais continue se remarque: petites fermes, élevages de moutons, chevaux, vergers, incontournables chapelles et écoles.
On est déjà à plus de 2000 mètres, mais quand on passe le col de Piedra del Molino, à 3348 mètres, on débouche sur un désert: plus aucune trace de végétation, uniquement de la roche, schisteuse et très friable qui se fragmente en paillettes quand on marche dessus. Et au milieu de cette désolation, un groupe de lamas!
L'autre versant du col est très différent, la végétation réapparait timidement, surtout de grands cactus candélabres et des touffes d'herbes sèches et cassantes. Et la route qui montait en lacets devient la Recta de Tin-Tin, une ligne droite de 14 kilomètres qui balafre le haut plateau sur lequel nous sommes. Au bout de cette route de rêve, nous atteignons Cachi, la première étape du circuit.
Cachi est une petite, toute petite ville. Quelques milliers d'habitants somnolent dans la fournaise de l'après-midi, mais on trouve quand même une pension où rester pour la nuit et un resto sans enseigne, sans carte, mais qui nous sert le meilleur morceau de viande depuis le début du séjour. La pension s'appelle Inkañan (le chemin de l'Inca) et la gérante a la peau mate et les traits indiens: nous sommes dans le Nord-Ouest, et il y a beaucoup d'Indiens par rapport aux autres régions. C'est aussi une des régions les plus pauvres du pays, et beaucoup de ces Indiens ne vivent que grâce à la culture du piment et de l'ail.
Après le repas, on part marcher dans les environs, et notamment jusqu'au cimetière, situé comme de nombreux autres sur une grosse colline, pour être plus près du ciel. Mais c'est surtout de pouvoir profiter d'une magnifique vue sur les alentours qui nous a attiré là.
Le lendemain matin, on reprend la route pour Cafayate. Les paysages sont moins impressionnants, mais soudain au sortir du village d'Angastaco c'est un nouveau choc. On se croirait sur une autre planète, le sol à l'air d'avoir été projeté en l'air pour retomber dans un chaos indescriptible. Des formations rocheuses rappelant tantôt des files de dominos titanesques effondrés les uns sur les autres, tantôt des piles d'assiettes immenses et brisées, dont les plus petits débris pourraient aplatir notre voiture comme une crêpe.
Quand on sort de ce labyrinthe, on débouche dans la fertile vallée de Cafayate, où nous passerons notre seconde nuit dans le dortoir d'une auberge de jeunesse,et qui dispose d'une terrasse qui surplombe toute la ville. La ville est célèbre pour ses vins blancs, mais le seul que nous gouterons, accompagné d'empanadas, se révèlera buvable uniquement après ajout de glaçons!
Au matin du troisième jour, il nous faut repartir vers Salta. On se lève tôt pour profiter des lumières de l'aube, car la route nous mène au travers de la Quebrada de Las Conchas, une autre formation géologique unique. Effectivement tout au long des 50 kilomètres de la Quebrada, la nature à façonné durant des millions d'années des sculptures de roche hallucinantes, aiguilles, falaises perçées de trous où nichent perroquets et perruches, amphithéâtre naturel, lits de torrents assechés...
Finalement, on revient à Salta à temps pour rendre la voiture et prendre un bus de nuit direction Corrientes puis Posadas.
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